édito
Richesse, diversité et ouverture : les vertus de l’écoute plurielle
Riche d’une centaine d’œuvres dont plus d’un tiers de créations et de premières françaises, Musica 2009, en invitant de nombreux compositeurs et interprètes, jeunes ou illustres et d’esthétiques variées, témoigne à nouveau de sa volonté d’élargir le champ des rencontres et des échanges avec les publics qui questionnent le festival tout en accompagnant son programme avec curiosité et exigence.
Une récente étude menée auprès de cent quatre-vingts d’entre eux rend compte d’une forte empathie pour la manifestation qu’ils décrivent avant tout comme chaleureuse, sympathique et professionnelle en même temps qu’ils se définissent comme curieux, amateurs passionnés par la création musicale. Ils perçoivent la programmation de Musica avant tout comme éclectique, variée et ouverte, exigeante et pointue, tout en restant accessible. La majorité d’entre eux affirme que la création contemporaine est aussi ce qui motive leur choix dans les domaines du théâtre et des arts plastiques.
De cette première photographie, qui sera complétée au moment du festival par la distribution dans nos salles d’un questionnaire, disponible également sur notre site Internet et à la Boutique culture, nous attendons qu’elle nous fasse encore mieux connaître celles et ceux qui fréquentent le festival, donc mieux répondre à leurs attentes et surtout continuer à leur apporter cette passionnante confrontation entre le répertoire du XXe siècle et la création musicale en perpétuel mouvement.
Il est un autre défi auquel nous devons faire face par-delà la crise économique, celui de la transmission aux jeunes générations d’un certain nombre de nos convictions culturelles et artistiques. Il ne s’agit pas tant d’augmenter le nombre de spectateurs par une sorte de prosélytisme trompeur et racoleur que, bien au contraire de chercher à convaincre et à aiguiser la curiosité des jeunes à la recherche d’une autre musique que celle diffusée à longueur d’ondes. En ce domaine, rien n’est certes meilleur que la pédagogie et l’initiation au collège ou au lycée et à l’école de musique. Mais, un accompagnement militant, aussi bien familial qu’amical, peut conduire le néophyte aux portes du festival où nous voulons l’accueillir en toute convivialité. En cela, le spectateur, fidèle de Musica, est notre meilleur ambassadeur et il peut utilement nous aider à partager nos aventures avec d’autres encore.
Il ne fait pas de doute qu’au moment où notre société se transforme avec une rapidité parfois sidérante et où les comportements des jeunes, en particulier, se façonnent au rythme des évolutions technologiques et de la toile Internet, la capacité du monde du spectacle vivant à en faire des spectateurs impliqués sera déterminante pour sa survie à long terme.
C’est fort de cet espoir que Musica accompagne ce début de siècle en plein bouleversement en déclinant les vertus de l’écoute plurielle et en réinventant son pacte avec une très actuelle modernité. Celle qui, sans barrières, conjugue richesse et diversité des répertoires, s’ouvre à des esthétiques musicales variées et aux jeunes générations avec une vingtaine de compositeurs âgés de moins de trente-cinq ans, notamment ceux de la génération des années soixante-dix – Johannes Maria Staud, Bruno Mantovani, Francesco Filidei, Raphaël Cendo, Dai Fujikura, Yann Robin… – dont les œuvres, brillantes et inventives, importantes déjà, parsèment l’édition 2009.
La jeunesse occupe à Musica une place centrale grâce aussi aux interprètes. Les orchestres et ensembles des deux Conservatoires Nationaux Supérieurs de Musique et de Danse de Paris et Lyon (
Samedis de la jeune création européenne) comme ceux du Conservatoire de Strasbourg à l’occasion d’une journée portes ouvertes à la Cité de la musique avec dix-huit concerts gratuits dans le cadre des
Journées du patrimoine, sont cette année partenaires du Festival, particulièrement soutenu dans cette démarche par la Sacem et la Fondation Lagardère.
L’italien Luca Francesconi et l’allemand Wolfgang Rihm, tous deux nés dans les années cinquante, s’approprient avec virtuosité le concert de rue aussi bien que le grand orchestre, le concerto autant qu’un magistral hommage à Haydn. Avec le flamand Kris Defoort, associé au metteur en scène Guy Cassiers, avec Steve Reich « super guest » de l’Ensemble Modern de Francfort ou le saxophoniste Steve Coleman et ses Five Elements, avec Sylvain Cambreling à la tête de l’Orchestre de Baden-Baden/Freiburg ou Susanna Mälkki dirigeant son Ensemble intercontemporain et François-Xavier Roth Les Siècles, avec le pianiste François-Frédéric Guy, le violoncelliste Jean-Guihen Queyras comme la soprano Marianne Pousseur, ils sont – parmi les personnalités qui parcourent l’édition 2009 – les représentants exemplaires d’une communauté artistique vivante et multiple.
Musica déroule ainsi son programme dans une grande variété de propositions où le classicisme moderne fréquente sans heurt l’innovation formelle. S’y croisent quelques fils conducteurs :
- celui, associé à Luca Francesconi, qui révèle, de Luciano Berio à Francesco Filidei, la nébuleuse italienne toujours magnifiquement inventive ;
- celui, associé au tandem Defoort/Cassiers, où la figure féminine est l’éternelle inspiratrice d’imaginaires forts : Ismène, sœur d’Antigone, les Belles endormies de Kawabata, ou encore ces Drei Frauen conviées par Wolfgang Rihm : la Penthésilée de Kleist, l’Ariane de Nietzsche et l’Anita de Botho Strauss. Le Traffic Quintet enfin et son Divine Féminin mis en musique et en image par Alexandre Desplat et Ange Leccia ;
- celui des spectacles musicaux qui, du grand opéra de Giorgio Battistelli (Richard III), à l’intime et saisissant théâtre musical de Marianne Pousseur, offrent de belles perspectives scéniques et visuelles ;
- celui d’une Amérique musicale décomplexée, dont Steve Reich, Steve Coleman, Cecil Taylor et le trio Gordon, Lang, Wolfe sont les efficaces porte-parole.
Enfin, pour aller vers de nouveaux publics, Musica déambule cette année dans les rues de Strasbourg et joue sur le parvis de la Cathédrale avec
Fresco de Luca Francesconi, pour cinq orchestres d’harmonie ; s’associe aux
Journées du patrimoine et transforme la grande Halle des sports du campus de l’Université de Strasbourg, à l’Esplanade, en salle de concert.
Autant de repères donnés à l’auditeur, au fidèle mélomane comme à celui qui pour la première fois aspire à ce parcours de découverte.
À toutes et à tous, heureux festival.
Rémy Pflimlin
Président
Jean-Dominique Marco
Directeur